Michel Ricaud vu par Marc Dorcel

Mercredi 23 septembre 2009Par Ernest

Et voici la suite de ce petit retour dans le passé. Depuis le premier numéro, Marc Dorcel nous présente entre autres les personnalités ayant marqué l’histoire du X en général, et de la société Marc Dorcel en particulier. Cette fois-ci, Marc nous parle de celui qui a longtemps été l’image et le fer de lance de la compagnie : le regretté réalisateur Michel Ricaud. L’occasion de se rappeler de tout un tas de délicieux souvenirs datant des années 80 et 90…

J’ai rencontré Michel Ricaud au début des années 80. Il faisait des photos pour un de mes amis éditeurs et venait de réaliser le film « Et il voulut être une femme » qui montrait l’opération d’un transsexuel souhaitant changer de sexe. Michel voulait travailler pour moi, mais mon entourage me le déconseillait, me disant qu’il réalisait des films trop crades. Finalement, à force de sollicitations, je lui ai confié un budget, sous certaines conditions, en lui fixant clairement les limites à ne pas dépasser.

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Michel m’a donc proposé le scénario de « Pulsions inavouables« , histoire simple mais efficace d’un gynécologue qui se tape ses clientes. Lui a amené son acteur fétiche, André Kay, bon comédien et surtout hardeur à l’érection efficace, et moi, en tant que gardien du dogme, comme je le faisais toujours dans mes productions, j’ai veillé à mettre en avant féminité et sensualité. Une fois le tournage achevé, je me suis rendu à l’évidence : notre collaboration avait été bonne et il était certain que nous allions faire de belles choses ensemble. Peu après, Michel m’a surpris par son professionnalisme et son talent en remplaçant un réalisateur défaillant au pied levé. Il s’agissait du film « Les 7 derniers outrages« , histoire de l’initiation sexuelle d’une femme mariée.

Le premier jour de tournage, mon équipe technique m’a informé de ses vives appréhensions car après une journée bien avancée, aucune scène n’avait encore été tournée. Sur place, je suis arrivé en plein psychodrame ; le réalisateur avait surpris son amie en train de faire une gâterie à un acteur, et du coup, dans tous ses états, il était incapable d’assurer sa fonction. J’ai appelé Michel à la rescousse et pris la décision difficile de virer le réalisateur du plateau. Michel a réussi de main de maître à rétablir la situation et à tourner des scènes fortes jusque tard dans la nuit. Ensuite, il m’a proposé le scénario de « Belle d’amour« , inspiré de celui de « Belle de jour ». C’était son premier gros tournage, et également celui d’un certain Rocco, qui travaillait dans une pizzeria parisienne et qui était, entre autres, modèle photo porno pour des revues italiennes.

Pour ce film, un cercueil avait été loué et installé avec tous les ornements mortuaires, candélabres, draperies, ce qui a provoqué le quasi évanouissement du propriétaire lorsqu’il est entré dans son salon. La scène terminée, Michel et moi avons démonté le décor et descendu le cercueil sur nos épaules jusqu’au boulevard où se déroulait une grande manifestation. Devant l’étonnement des manifestants et une fois notre stupéfaction passée étouffant un fou rire, nous avons fait au plus vite pour ranger le cercueil dans notre véhicule. »Belle d’amour« , que j’ai revu récemment, reste un de mes films préférés de Michel. Il est très abouti techniquement et possède tout ce que j’aime dans un film X, scénario, casting, décor, lumière et stylisme.

Michel est resté non seulement mon réalisateur mais également mon ami jusqu’à sa disparition tragique en 1993. Il avait une façon incomparable de diriger les films et de s’impliquer dans ses tournages de A à Z. Il me manque toujours.

Ernest

Metalleux depuis tout petit, seuls les cheveux me manquent pour headbanguer comme il faut. Ajoutez à cela un goût immodéré pour le Porno et vous aurez vite compris que je suis i-rré-cu-pé-rable... Mais, si le coeur vous en dit, vous pouvez aussi me suivre sur Twitter : @Ernest3X blog@dorcel.com